Les inconnus (le vieil homme)

Le vieil homme assis, devant l'âtre rougi par les braises, se souvenait… Un souvenir indissoluble dans l'espace et le temps, de ceux qui ne disparaissent pas avec leurs porteurs. Il y a bien longtemps, au temps du monde séparé en deux, les rouges et les bleus. Un moment du globe ou la guerre sans chaleur était de tout les esprits. Les journaux parlaient d'une menace effroyable, là-bas, dans une ile lointaine, le feu de l'atome. Tels des cigares de contrebande des navires apportaient la mort de l'homme dans un des derniers paradis sur terre.
Lui qui aujourd'hui n'était plus que l'ombre du jeune homme en pleine santé qu'il avait été. Lui qui en ce temps-là avait à peine 20 ans. Il était né au détour de la guerre, dans les ruines d'une ville comme tant d'autres. L'année de ses16 ans il s'était fait marin. Tradition familiale, sans aucune possibilité de fuir. Dieu qu'il avait aimé cette mère faite d'eau et d'embrun, peut-être plus que la sienne. 4 ans déjà qu'il passait d'un bateau à l'autre de pacha en pacha, d'amis en rencontre.
Il faisait escale dans une autre île, faite de volcan, de palmier et de sable plus doux que le petit duvet que l'on trouve sous les plumes des grands oiseaux blancs du bout du monde. Assis dans le sable, les pieds presque dans l'eau, non loin de la  petite baraque en planche vermoulues et colorées qui servait de cantine aux pêcheurs du coin et aux touristes de fortune qui s'échouaient dans ce coin un peu perdus. Il sirotait un énième rhum arrangé sans autre préoccupation que l'heure de retour à bord. Plus loin sur la plage un groupe de jeunes hommes jouaient un rythme envoutant sur des instruments qu'il ne connaissait pas.
Les yeux plongés dans le vide annoncé de son verre, ses idées vagabondant sans but comme un bateau dérivant sous l'effet d'une douce houle. Il commençait à sentir une ondulante torpeur, mélange de la boisson douce et de mélopée enivrante. Détachant de son regard le liquide couleur miel, il vit marchant dans l'écume, une silhouette approchant à contre-jour. Cette forme sans contour, sans sexe, suscita en une fraction de seconde une intense tension. Plus elle se rapprochait, plus il sentait une chaleur bien connue dans son bas ventre…Petit à petit cette forme sans visage se matérialisait en surimpression du bleu profond de l'océan. Le contour d'un corps, fort et vigoureux, se détachant de plus en plus précisément, dans quelques instants il pourrait mettre un genre sur cette forme… Une femme, un homme, il ne savait pas.
Plus le corps sans visage se découvrait, davantage la pression qui régnait dans sa verge et ses couilles se faisaient sentir. Celle-ci lui procurait un mélange de douceur et de douleur, sur le point d'éclaté tout son corps tentait de compenser l'extrême agitation qui figeait chacun de ses muscles.
Seins rebondis, hanches généreuses ,jambes fuselées, peau tannée par le soleil, cheveux corbeaux… une femme, c'était une femme pas que les amours entre garçons le dérangeaient, bien au contraire durant les dernières années il lui était régulièrement arrivé d'échanger de la tendresse avec des collègues de bord. Homme, femme quelle différence, à la fin seule la douceur, le plaisir et l'odeur de la peau restait. Elle s'approchât, sans un regard, de la cahute et commanda un verre de punch glacé. Les goutes de condensation se formait à peine quant elle le saisit et l'approchât de sa bouche appétissante comme un fruit mur et sucré. Par petites lampées elle se délectât du breuvage doux et alcoolisé, puis d'un geste sûr et contenu elle reposa le verre à moitié vide sur la planche rugueuse.
La regardant en coin, il ne pouvait détacher son regard de ce corps, qui en quelques minutes à peine avait pris la totalité de ses pensées et de ses facultés physiques. Son membre lui faisait un mal de chien et il avait besoin de toutes ses capacités afin de ne pas trembler de la tête au pied. Il se mit à frotter discrètement son sexe à travers la toile de son pantalon. Il savait pertinemment que son comportement ne pouvait qu'être découvert, qu'il agissait comme un pervers… de plus en plus vite sa main, sous la table, astiquait son manche.
Elle ne le regardait pas, elle ne le voyait pas, aux yeux de cette apparition il n'existait pas… elle se retourna embrassant de ses grands yeux l'ensemble du paysage, fini son verre, sortit un billet tout froissé du pli de son paréo et continuât sa route…
La regardant partir il devint fou, se caressant de plus belle il allait lui courir après, lui arraché ses vêtements, lui faire sauvagement l'amour en plein après midi à même le sable, sous les regards choqués des quelques voyeurs qui se mettrais en rond autour d'eux.  Les musiciens joueraient des rythmes plus forts et plus brutaux afin de donner les impulsions à ses reins. Elle partait… Elle partait… elle partait…
Il vint dans son pantalon, humide, honteux, le tissu lui collant à la cuisse.
Jamais il ne la reverrait. Jamais il ne l'oublierait. Jamais il ne connaîtrait son nom, sa chaleur, la texture de sa peau, le goût de ses baiser. Pourtant, se soir au crépuscule de sa vie, alors qu'il avait aimé d'autre corps, qu'il en avait même épousé un, fait des enfants et eu une vie bien remplie, la simple pensée de ce moment,  incendiait ce qui restait de son corps…